Archive for the ‘Noir sur blanc’ Category

Huis clos

7 mars 2008

Ma bibliothèque étant peu garnie, je n’ai eu aucun mal à retrouver ce chef d’œuvre de Jean-Paul Sartre (joué pour la première fois en 1944). Ce dernier verbe a donc éclairé les fins lecteurs que vous êtes sur un point : il s’agit d’une pièce de théâtre.

Un seul acte, 4 personnages, et, comme son nom le laisse entendre, le lieu est une pièce. « Un salon style Second Empire. Un bronze sur la cheminée. » nous informe la première didascalie. Entrent alors un à un les 3 personnages principaux (Inès, Estelle et Garcin) accompagnés jusqu’à cette pièce par le 4ème, qui lui ne fait que passer. Lui, Le Garçon, qui s’occupe d’amener ces 3 morts à leur place . . .

GARCIN, le regardant.

Ah ? Ah bon. Non, je ne voulais pas rire. (Un silence. Il se promène.) Pas de glaces, pas de fenêtres, naturellement. Rien de fragile. (Avec une violence subite) Et pourquoi m’a-t-on ôté ma brosse à dents ?

LE GARÇON

Et voilà. Voilà la dignité humaine qui vous revient. C’est formidable.

GARCIN, frappant sur le bras du fauteuil avec colère.

Je vous prie de m’épargner vos familiarités. Je n’ignore rien de ma position, mais je ne supporterai pas que vous…

LE GARÇON

Là ! là ! Excusez-moi. Qu’est-ce que vous voulez, tous les clients posent la même question. Ils s’amènent : – « Où sont les pals ? » A ce moment-là, je vous jure qu’ils ne songent pas à faire leur toilette. Et puis, dès qu’on les a rassurés, voilà la brosse à dents. Mais, pour l’amour de Dieu, est-ce que vous ne pouvez pas réfléchir ? Car enfin, je vous le demande, pourquoi vous brosseriez-vous les dents ?

Scène 1

. . .C’est à dire en enfer. En voila une bien bonne ! Rien a voir avec l’enfer de Dante, et pourtant il n’est pas difficile d’imaginer le calvaire : une éternité enfermé avec les deux personnes que vous supportez le moins, mais mieux vaut ne pas y penser.

Un livre que j’ai aimé, simple, et qui de plus est court (80 pages), ainsi dire à la protée de tous, même les paresseux comme moi qui se voient démoralisés par les livres épais.

le bronze

Pour conclure, une réplique que je n’aurais jamais osé publier ici si elle n’était pas déjà en quatrième de couverture de mon livre.

Garcin

Le bronze. . . (Il le caresse.) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent. . . (ll se retourne brusquement.) Ha ! vous n’êtes que deux ? Je vous croyais beaucoup plus nombreuses. (Il rit.) Alors, c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru… Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah ! quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer, c’est les Autres.

wiwi